Les origines : Amanieu VII d'Albret

En 1308-1309, Amanieu VII d’Albret seigneur de Nérac depuis 1306 rachète à deux seigneurs locaux un moulin primitif non fortifié en bord de la rivière Gélise, à l’emplacement du Moulin des Tours.

 

Nouveau propriétaires des lieux, Amanieu édifie une maison forte compacte et monumentale pour défendre le passage du pont, à la fois lieu de prélèvement de l’octroi et porte d’entrée sur ses terres, mais aussi le moulin qui abrite un grenier à blé et les recettes de l’octroi.

 

C’est la naissance de l’un des plus grands moulins fortifiés de France.

 

Extrait de l’inventaire des titres de la Maison d’Albret par M. L’Abbé J. Dubois en 1913 et conservé à la Bibliothèque nationale de France. D’après un manuscrit rédigé sous l’Ancien Régime.

 


1308-1607 : une histoire de familles

Armes de la Maison d’Albret au XIVe siècle : Ecartelé d’Albret et de France

 

Pendant plus de trois-cents ans, le Moulin est à la propriété de la puissante famille des Albret. Par une politique matrimoniale ambitieuse, les Albret s’unissent à de grandes familles jusqu’à devenir au XVIe siècle la famille la plus puissante de tout le Sud-Ouest. A la fois moulin banal et château péager, le moulin ne réapparaît dans les sources historiques qu’à la fin du XVIe siècle, au cours des Guerres de Religion.

 

Pendant cette période, le Moulin des Tours tire profit de son caractère fortifié et de sa position stratégique pour devenir avant tout une forteresse : en 1571, Henri Prince de Navarre créé un office de « commandant des Tours de Barbaste » en faveur de la famille de Faulong qui occupe cette charge jusqu’en 1621. Cette qualification indique qu’à cette date l’édifice est surtout utilisé en tant que forteresse.

 

 


Henri, le meunier des Tours de Barbaste

Le Moulin des Tours de Barbaste d’après le tableau de Millin du Perreux de 1817.
© RMN-Grand Palais (Château de Pau) / René-Gabriel Ojéda

 

Henri IV, descendant des Albret par la lignée de sa mère Jeanne créé un lien mystérieux avec le Moulin des Tours. Roi de Navarre depuis 1572, le Vert-galant vient régulièrement au Moulin lors de ses séjours à Nérac : il aime s’en réclamer le meunier signant lui-même des actes officiels « Henri, le meunier des Tours de Barbaste ». De nombreux récits populaires sur la figure du bon roi Henri prennent forme au Moulin, mais certains sont plus à rattacher à la légende henricienne qu’à la vérité historique.

 

Mais l’histoire nous raconte qu’il passe bien fréquemment à ses pieds pour emprunter le pont afin d’aller chasser sur ses terres dans la forêt des Landes de Gascogne et qu’il entreprend des travaux sur le barrage en 1579 et le pont en 1606.

 

1607-1651 : le bien de la couronne de France

En 1607, Henri IV uni le Duché d’Albret à la Couronne de France. Mais en 1610, son assassinat met un terme à la paix civile et la tolérance qui règne dans le Royaume de France depuis la fin des Guerres de Religion. La région de Nérac toujours majoritairement protestante entre dans le mouvement des rébellions huguenotes : Louis XIII mène campagne dans le Sud-Ouest.

 

Le 7 juin 1621, le Moulin des Tours qui a pour commandant Christophe de Faulong est de source historique assiégé pour la première fois. Bastion du parti protestant dirigé par le duc de Rohan et le duc de La Force, la forteresse est prise par Bertrand de Vignolles, lieutenant du duc d’Epernon pour le parti catholique. Le moulin est remis aux mains du sieur de Bezolles, seigneur du fief voisin de Cauderoue. Avec la prise du moulin et le démantèlement des remparts de la ville de Nérac, l’Albret se retrouve sous l’autorité du roi.

 

Le 2 mai 1641, Henri de Bourbon-Condé, gouverneur de Guyenne obtient par enchère l’Albret. Le Moulin des Tours subit d’importants remaniements avec la création d’un foulon à draps.

 

1651-1807 : la propriété des ducs de Bouillon

En 1651, Louis XIV renonce à l’héritage de son grand-père Henri IV en cédant le Duché d’Albret au duc de Bouillon en échange des villes de Sedan et Raucourt. Le roi place un catholique à la tête d’un fief toujours majoritairement protestant.

 

Cette décision pousse sans doute le parti frondeur dirigé par Louis de Bourbon-Condé à mener la révolte et à s’établir par surprise dans les tours de Barbaste en janvier 1653. C’est la dernière péripétie militaire de l’histoire du Moulin des Tours.

 

Le moulin n’est pas touché par la vague de démantèlements de Mazarin car il s’agit avant tout d’un moulin, source de revenus au sein d’un domaine cédé par le roi.

 

En 1765, l’architecte du duc de Bouillon au duché d’Albret dresse un état des lieux du Moulin dont la conclusion est sans appel : l’édifice est dans un état de délabrement avancé, mais on ignore si des réparations furent entreprises jusqu’à la Révolution.

 

Le XIXe siècle : l'âge d'or du Moulin

Lithographie de 1842 de J. Philippe dans La Guienne historique et monumentale d’Alexandre Ducourneau

Après une longue bataille juridique, le Moulin des Tours devient Bien National en 1807. Mis en vente aux enchères en 1810, il est attribué au sieur Imbert de Barbaste pour la somme de 34.800 francs qui le rétrocède dans la foulée à un négociant en boucherie de Bayonne. Propriétaire du moulin jusqu’en 1821, ce négociant n’entreprend aucun travaux d’importance au contraire de ses successeurs, les frères Sauriac.

 

Acquéreurs du Moulin pour 40.000 francs, ils font construire un bâtiment à trois étages à la fois partie résidentiel et en partie industriel appelé aujourd’hui « Maison Aunac ». En retour de ce bâtiment ils édifient une aile adossée à la façade sud du moulin qui se termine par l’annexe sud-ouest qu’ils surélèvent, rénovent l’intérieur du moulin, surélèvent le bâtiment annexe au Sud-Ouest

 

Remis à neuf, le moulin est vendu en 1844 au prix fort de 143.000 francs à messieurs Aunac et Rémy, banquiers agenais. Ils sont propriétaires pendant uniquement quatre ans mais monsieur Aunac profite de court laps de temps pour donner son nom à la résidence « Maison Aunac ».

 

Antonin Bransoulié, le grand meunier du XIXe siècle

En 1848, le fils du meunier de Nérac Antonin Bransoulié rachète le site pour 150.000 francs. Il introduit d’importantes améliorations à l’exploitation industrielle du moulin : la mise en place d’une turbine qui commande huit meules, une machine à vapeur et une étuve. Il apporte sa touche personnelle à l’architecture du site avec l’ajout d’une véranda dans la Maison Aunac, la salle de la forge au nord du moulin qui joint le pont de Barbaste, tous les bâtiments situés du côté est de la route qui sont adossés au rocher : la haute maison flanquée d’une tour et la Maison Bransoulié. Il établit une passerelle en câbles métalliques traversant la Gélise au-dessus du barrage pour relier la partie haute du bâtiment sud-ouest au Moulin du Batan.

 

Lithographie avant 1905

 

En 1864, Bransoulié vend pour 280.000 francs la minoterie fortement valorisées à la société des Moulins d’Henri IV, une société industrielle d’envergure d’une grande productivité à l’échelle nationale. La farine de Barbaste est souvent primée lors des expositions et salons.

Après le départ en retraite du gérant, la fabrique décline jusqu’à la liquidation judiciaire en 1880. Un banquier de Condom se porte acquéreur pour la somme de 36.000 francs, puis revend la propriété aux sieurs Duprat et Ducasse, de Barbaste pour 42.500 francs. Ils reprennent l’exploitation mais une moindre échelle qu’autrefois.

 

En 1889, le pont et le Moulin des Tours sont classés au titre des Monuments Historiques.

 

 

Décadence et ruine du Moulin au XXe siècle

Carte postale du Moulin des Tours d’après une photographie prise entre les incendies de 1905 et 1937

 

En 1905, le Moulin du Batan loué à un fabricant de bouchons de liège est en partie détruit par un incendie, ce qui entraîne la chute de la passerelle métallique.

 

La société exploitant le Moulin de Lasserens, en aval de la Gélise, spécialisée dans la fabrique de liège aggloméré rachète le Moulin des Tours en 1919 pour 265.000 francs, pour y produire de l’électricité au moyen des turbines et en faire une usine pour la fabrication des bouchons de liège.

 

Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1937, le Moulin des Tours est ravagé par un terrible incendie déclenché par un court-circuit dans le système électrique d’un monte-charge. Le Moulin reste très dégradé jusqu’aux premiers travaux de restaurations qui débutent en 1947 avec la réfection de la toiture de la salle des turbines.

 

Nouveau propriétaire depuis 1947, M. Coueille, peut ainsi continuer de produire de l’électricité pour faire fonctionner les trancheuses et boudineuses installées dans la maison « Aunac ». Cette usine fonctionne jusque dans les années 1970.

 

 

De nos jours

En 1980, le moulin est racheté par M. Luque dont le projet de relancer la production électrique reste sans effet.

 

En 1986, l’Association « Les Amis du Moulin des Tours » se constitue dans le but d’encourager sa sauvegarde et sa promotion touristique avec l’ouverture d’un local d’accueil et l’organisation de festivités.

 

En 1988, le moulin encore très délabré est racheté par le Syndicat Intercommunal à Vocation Unique qui regroupe les communes de Nérac, Lavardac et Barbaste. Des travaux de restauration sont engagés sur les parements extérieurs dans les années 1990.

 

En 2007, la Communauté de Communes du Val d’Albret, aujourd’hui Albret Communauté, récupère l’exploitation du site et en est aujourd’hui le dernier propriétaire. De nouvelles campagnes de travaux sont menés en 2009-2010 pour la réhabilitation de l’édifice par la restauration de l’intérieur.

En 2020, pour la première fois le Moulin des Tours est ouvert en visite libre !